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LE FLAMENCO À MADRID

¿Quelle est la capitale mondiale du flamenco? Voilà un sujet que nous ne toucherons que du bout des doigts afin de ne gêner personne.

Néanmoins, et pour répondre aux demandes de nos lecteurs, nous devons consacrer au moins un article au monde du flamenco à Madrid. Tout ceci, bien entendu, du point de vue du touriste français émigré en Espagne, et curieux des profondeurs culturelles de la capitale espagnole.

Afin de préparer cet article nous avons fait une liste des tablaos de Madrid, que nous avons contacté par mail. Beaucoup d’entre eux ont répondu, nous les avons visité deux mois durant.

Nous n’avons retenus pour les citer dans cet article que ceux qui ont acceptés de nous recevoir et de répondre à nos questions.

Nous tenons à remercier les responsables de tablaos madrilènes qui nous ont reçus.

Ils sont tous cités dans cet article, et c’est à vous désormais de les découvrir lors de votre prochain voyage à Madrid.

LE TEATRO FLAMENCO

Teatro Flamenco en plein centre ville, Calle del Pez

Pour comprendre un tant soit peu ce qu’est le Flamenco il faut en expérimenter les effets, il faut le vivre, et pour cela vous devrez chercher où voir un spectacle Flamenco.

Néanmoins tous les spectacles flamencos proposés dans les “tablaos” (bars, restaurants ou tavernes disposant de spectacle flamenco) n’offrent pas le même niveau artistique, loin s’en faut, et les prix varient du simple au double, et pas forcément en consonnance avec la qualité artistique.

Nous voulions en avoir le cœur net. Pour cela il nous fallait chercher l’opinion d’un expert. Et le nom de Javier Andrade nous vint à l’esprit immédiatement.

Ce sévillan de naissance (et d’accent!) respire flamenco par tous ses pores.  Il fut 11 ans durant directeur commercial du Musée du Flamenco, institution sévillane mondialement reconnue, et l’idée lui vint en 2017 de créer à Madrid le premier théâtre dédié au Flamenco, en plein cœur du vieux Madrid.

Aujourd’hui le Théâtre Flamenco est en voie de devenir un haut-lieu du Flamenco Madrilène, national et international.

En quoi l’idée de créer ce théâtre Flamenco à Madrid est-elle originale? Javier nous explique que le flamenco des tablaos est généralement plus cher, plus commercial, et que, sans tomber dans la critique généralisée, l’artiste est bien souvent relégué au second plan pour des raisons purement commerciales.

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Au Teatro Flamenco de Madrid il en va tout autrement: “Amo el Flamenco” nous lance Javier dès la première phrase. Ici l’artiste est choyé, mis en valeur, mais n’est pas fonctionnarisé, et le spectacle “Emociones” se renouvelle toutes les semaines. Juste le temps nécessaire pour se vider lors de chaque spectacle, pour transmettre son art à quelques centaines de spectateurs ébahis et émerveillés.

Le flamenco est toujours un chant déchiré et déchirant, même lorsqu’il peint l’allégresse. Sous vos yeux, pendant seulement une heure (mais quelle heure!) le spectateur entre dans un univers de sons (“taconeo”, “palmas”, claquements de doigts, guitares, voies déchirés féminines et masculines) et surtout d’émotions, pour finir par un immense frisson lorsque termine le spectacle.

Pas le temps pour le cantaor (le chanteur) ou pour le bailaor ou la bailaora (les danseurs), de sombrer dans la routine. Et cela se sent sur la scène. Les artistes livrent le meilleur d´eux-mêmes, et le public est captivé par les improvisations géniales, les gestes des artistes et les rumeurs de la salle.

N’essayez pas de commander une boisson pendant le spectacle, le service cesse quelques minutes avant le début, afin de ne pas vous distraire et pour ne pas déranger les artistes (il faut arriver 20 minutes avant l’heure pour commander sa consommation… ou s’en passer!). Javier le définit clairement: “l’important c’est ce qui se pase sur la scène, et tant pis si nous vendons moins de boissons, nous sommes avant tout des artistes flamenco…».

Le local n’est pas très grand, vous ne serez au plus qu’à quelques mètres des artistes, une centaine de fauteuils au plus, et les prix sont très accessibles, ce qui donne un cocktail de public très varié: des touristes étrangers bien sûr, parmi lesquels beaucoup de français, mais aussi des touristes espagnols venus visiter leur capitale, et enfin un nombre  croissant de madrilènes, ce qui se passe de commentaire, et veut tout dire à la fois.

Javier Andrade, Directeur du Teatro Flamenco

LAS TABLAS

Antonia Moya et Marisol Navarro sont les propriétaires et fondatrices de Las Tablas. Depuis 16 ans, ces deux bailaoras reconnues tant en Espagne comme dans le monde offrent un spectacle flamenco des plus intéressants, cachées dans un recoin de la Place España, au cœur de la ville bien que dans une zone tranquille.

Elles sont parties de zéro, travaillant à contre courant au début, avant que leur local soit reconnu comme une référence du flamenco madrilène.

Le local est sobre, sur fond de couleurs neutres voire obscures, et peut accueillir jusqu´à 90 personnes. Les propriétaires sont des professionnelles du flamenco avant que des chefs d’entreprise hôtelière, et cela se ressent à la vue de l’immense scène où jusqu’à 8 artistes tiennent sans se gêner. Vous verrez peut-être danser les deux propriétaires (si vous avez de la chance… en tout cas renseignez-vous à la réservation).

C’est Antonia qui nous reçoit, non sans une certaine défiance préliminaire, qui s’effume dès que nous la lançons sur le vif du sujet: le Flamenco à Madrid. Son art, elle le ressent par tous les pores de sa peau, elle en est éprise et le transmet dès qu’elle s’ouvre à nous avec franchise et finalement complicité. 

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Pour Antonia le flamenco pour touristes n’existe pas. Elle a voyagé dans le monde entier et avoue que les publics non espagnols sont surprenants, respectueux et bien souvent connaisseurs de flamenco. Nous retrouverons d’ailleurs ces appréciations chez plusieurs professionnels du secteur au cours de notre découverte du flamenco à Madrid.

Nous conversons quelques minutes de son local, très bien situé bien que peut-être un peu “caché”. Durant notre conversation elle n’hésite pas à envoyer l’un de ses assistants à la rescousse d’un groupe de touristes égaré dans l’immense et labyrinthique Madrid.

Toutes les semaines le spectacle change à Las Tablas, mais la qualité est toujours de rigueur. Antonia reconnait qu’elle réinvestit pratiquement toute sa facturation dans ses artistes, que ceux-ci doivent se sentir respectés et à l’aise chez elle, et transmettent tout cela au public.

Le spectacle auquel nous assisterons aujourd’hui est excellent, captivant, original et fort, guidé de main de maître par la cantaora Naike Ponce, à l’esthétique provocatrice et à la voix profonde et vibrante.

Du côté restauration le local ne possède pas de cuisine propre mais sert d’excellents tapas, soigneusement choisies, et collabore parfois avec le restaurant voisin, connu pour sa qualité. Il suffit de demander.

En définitive Las Tablas n’est pas par hasard un grand nom du flamenco à Madrid. Vous ne manquerez pas de le visiter, c’est un conseil d’ami…

Antonia Moya, propiétaire du tablao Las Tablas

Marisol Navarro, propiétaire du tablao Las Tablas

CARDAMOMO

25 ans après sa création, Cardamomo est un classique du monde flamenco à Madrid. Situé dans le coeur touristique de la capitale, ce tablao qui avait mal vielli a été confié il y a deux ans à peine aux soins commerciaux et artistiques d’une nouvelle génération de professionnels.

C’est Patricia Espín qui nous recoit, responsable de communication. Elle a 27 ans, et bien vite nous rejoint la sous-directrice Lucía Contreras, du même âge. Elles transmettent leur enthousiasme, dû sûrement à leur jeune âge mais aussi à leur passion pour l’Art Flamenco.

On devine dans les réflexions de Patricia le souci réel d’une projection de l’image du tablao Cardamomo vers l’extérieur. Ici on fait les choses bien et on veut que cela se sache. Capter le public espagnol, se démarquer d’une offre purement touristique, néanmoins encore majoritaire, faire évoluer le format traditionnel du tablao vers le XXIº siécle.

Dès l’entrée du local on ressent ce souci de partager le flamenco avec le visiteur: la réception est assurée par un personnel impeccablement vêtu, attentif, qui vous propose un “caldo” (bouillon chaud, nous sommes en hiver, ou un rafraichissement en été) et vous indique trois tablettes sur lesquelles vous pourrez naviguer dans une application crée spécialement pour ce local qui vous aproche au monde du flamenco, mettant à portée du public quelques clés techniques qui vous aideront à apprécier le spectacle.

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Puis vous passerez à la salle de spectacle, pas très grande, confortable. Le maître mot est la personalisation de chaque expérience. N’hésitez pas à transmettre vos désirs lors de votre réservation: un anniversaire, une demande en mariage (mais oui!), un évènement familial à fêter… Mais aussi vos nécessités: non-voyants, personne volumineuse, mobilité réduite, fauteuil roulant… Tout est possible.  Ici aussi les artistes sont à portée de main. Ils sont une dizaine à composer le cuadro flamenco de Cardamomo, des plus expérimentés aux jeunes promesses.

À cet instant de la conversation se joint à nous Laura Abadía, grande dame du flamenco et directrice artistique de l’établissement. Une référence. On la sent plus à l’aise sur la scène que devant les journalistes. Nous lui transmettons notre admiration et elle disparait. Ainsi sont les grands artistes…

Patricia et Lucía insistent sur le compromis social du tablao, la création d’un projet solidaire qui consiste à octroyer des bourses d’étude de flamenco à des enfants en situation de précarité. Patricia est catégorique: “il s’agit de rendre au Flamenco ce qu’il nous offre chaque soir, et de permettre la floraison de nouveaux talents.”.

Le tablao du futur, dans le respect de la tradition. Une autre visite obligatoire.